De l’affaire Weinstein à l’écriture inclusive: le point sur l’évolution de la condition féminine

Bulletin d'information · 18.12.2017

Le scandale de l’affaire Weinstein a libéré la parole des femmes trop souvent victimes de viols et de harcèlement sexuel dans le milieu cinématographique hollywoodien. Il a mis au grand jour l’ampleur de ce problème qui touche en majeure partie les femmes. La dénonciation d’un tel scandale, à travers le hashtag #balancetonporc, a dépassé très rapidement le milieu d’Hollywood pour s’étendre à la politique puis à toutes les strates professionnelles de la société, des entreprises aux hôpitaux. Ainsi, chaque jour éclatent des scandales qui éclaboussent des personnalités importantes insoupçonnables, et cette évolution est très positive. On en parle aussi en dehors où l’on dénonce de plus en plus le harcèlement dans les transports en commun et dans la rue, qui incite les femmes à fuir par précaution certains endroits, quartiers, commerces, horaires et façons de se vêtir, à cause de la trop grande présence d’hommes et de leurs attitudes.

 

On peut déplorer cependant que l’impunité dont bénéficient les agresseurs sexuels ait trop duré jusque là, si l’on se rappelle que l’affaire Weinstein intervient six ans après celle du Sofitel avec Dominique Strauss-Kahn, dont le retentissement international était pourtant déjà énorme. Cela montre qu’entre temps, la pression machiste s’est maintenue dans la société, et est même devenue parfois virulente, principalement dans certains courants politiques, religieux et intellectuels extrémistes et rétrogrades. Nombreuses personnalités riches, puissantes et influentes ont continué de se croire au-dessus des lois, ont continué de considérer les femmes comme des objets sexuels, ont continué d’abuser de leur position et de profiter de la vulnérabilité de leurs victimes sans craindre la justice.

 

Plus généralement, les violences infligées aux femmes prennent des formes nombreuses, de celles considérées comme les plus anodines jusqu’aux plus meurtrières. Ainsi, chaque jour des femmes sont victimes d’agressions sexuelles et de toute sorte de harcèlement qui peuvent se manifester par des appels et des gestes obscènes, des propositions indécentes, de l’exhibitionnisme, du voyeurisme, et pis, des attouchements, de l’inceste et des tentatives de viol.

Ces violences se retrouvent dans toutes les classes sociales et se nourrissent de toutes les dominations et inégalités subies, et de toutes les représentations véhiculées de la femme. Des stéréotypes culpabilisants trop répandus (“elle l’a bien cherché”, “elle s’habille de manière provocante”, “elle veut attirer l’attention”, “ce n’est pas si grave”, “c’est une manipulatrice ou une menteuse qui veut détruire la réputation d'un homme honnête”), ajoutés aux complications administratives et au sentiment de honte, empêchent souvent les femmes victimes de viol de venir déposer plainte. Surtout quand ces fausses accusations calomnieuses sont régulièrement prononcées par certains magistrats chargés d’enregistrer la plainte. Pour une trop large part de la gente masculine, qui ne sait souvent pas distinguer la drague du harcèlement, le simple fait de porter un vêtement féminin ordinaire comme une jupe est perçu comme une autorisation au viol. Dans de nombreux cas, les femmes sont mal considérées, qu’elles acceptent ou refusent les avances d’un homme. Et quand les femmes refusent, il y a des machistes qui croient qu’il faut forcer parce qu’ils s’imaginent que les femmes, en réalité, en auraient envie au fond d’elles. Cette croyance transparaît dans plusieurs films mythiques où le héros masculin arrive à sa fin par la force.

 

Cette attitude existe déjà au sein de l’école et s’est même banalisée depuis longtemps à cause de l’impunité et du manque d’éducation et de pédagogie préventive sur le sujet. Cela commence par des mauvaises habitudes perçues à tort comme “amusantes” et “inoffensives”, comme le fait de soulever les jupes des fillettes ou de faire des attouchements à l’issue de jeux enfantins stupides. Maintenant, la société fait semblant de découvrir avec horreur l’existence de cas de plus en plus répertoriés d’agressions sexuelles commises par des enfants dans les courts de récréation des écoles primaires. De façon erronée, les autorités mettent ces faits graves sur le compte du développement d’Internet, des téléphones portables, des réseaux sociaux et de la pornographie. Mais en réalité cette culture du viol en milieu scolaire est plus ancienne et antérieure à la technologie d’Internet. Son origine est à chercher dans la passivité de parents souvent fiers d’avoir élevé un “petit coq”, et aussi dans le laxisme des institutions scolaires qui, pendant longtemps, n’ont pas suffisamment pris conscience de la gravité de ces actes et des conséquences mentales que peuvent avoir sur les garçons le sentiment d’impunité par rapport aux mauvaises habitudes ordinaires évoquées ci-dessus.

 

Pis, cette impunité des agressions machistes est indirectement encouragée par le milieu des médias et du show-biz. Spécialement quand certains chanteurs de rap font l’apologie de la violence faite aux femmes et parlent de “marie-trintigner” leur compagne (du nom de l’actrice Marie Trintignant, morte à la suite d’une violente dispute conjugale). Ou quand le paysage audiovisuel donne régulièrement la vedette à un autre chanteur condamné pour avoir tabassé une hôtesse de l’air. Ou encore quand on fait la promotion d’un artiste de rock au passé violent et meurtrier, ou d’un cinéaste accusé de viol sur mineure et qui refuse d’affronter la justice.

 

Sur la question des violences conjugales, même s’il existe bien sûr des victimes masculines, les statistiques montrent clairement que chaque année, dans l’écrasante majorité des cas, les victimes sont des femmes: ainsi en 2016, seulement dans l’État français, 123 femmes sont mortes, victimes de leurs époux, petits amis, compagnons, amants ou ex-compagnons, contre 34 hommes victimes de leurs compagnes ou ex-compagnes, soit en moyenne une femme tous les 3 jours et un homme tous les 17,5 jours. En 2015 le coefficient était de 136 femmes contre 22 hommes.

 

La persistance des inégalités femme-homme

 

Mais la violence sexuelle envers les femmes et plus la partie immergée de l’iceberg: elle dissimule le fait global de domination inhérent à l’être humain et à toutes les sociétés fondées depuis des siècles sur la vision machiste d’infériorité de la femme créée, selon le mythe biblique, à partir de la côte de l’homme. La misogynie ambiante reste présente dans tous les aspects de la vie quotidienne et dans tous les domaines (pouvoir, argent, politique, économie, travail, insertion sociale, instrumentalisation du corps féminin, mythes divers, etc.) en dépit du mouvement de libération de la femme né aux États-Unis dans les années 60 et qui a permis cependant certains progrès dans l’émancipation des femmes, comme l’égalité juridique.

 

Cette misogynie est nourrie par les divers “rôles” imposés à la femme dans la société, et par les différentes strates du statut de la femme, que ça soit la femme occitane ou les modèles “Barbie”, sans oublier le nombre de femmes sans domicile fixe, celles qui sont contraintes de survivre dans les diverses associations caritatives et de protection, les victimes de la prostitution et de toute sorte de précarité (emplois à temps partiel imposés, les galères de la monoparentalité, les salaires faibles, etc.). Ainsi, malgré le fait qu’elle ont plus de succès que les hommes à l’école et dans les études, les femmes sont défavorisées dans le monde du travail. À compétence et ancienneté égales, elles ont des salaires en moyenne inférieurs de 20% à ceux des hommes et occupent plus fréquemment des postes qui ne sont pas à la hauteur du diplôme. De plus, le taux de chômage des femmes dépasse celui des hommes.

 

En politique, le vote de mesures législatives destinées à imposer des quotas pour l’accès aux mandats électoraux n’a pas empêché que les femmes demeurent encore largement minoritaires parmi les élus dans de nombreuses administrations de l’État français (39% de députées, 29% de sénatrices, 16 de maires, 40% de conseillères municipales, 8% de présidentes de conseil départemental, 19% pour les conseils régionaux).

 

Dans la fonction publique et les professions médiatiques, les femmes sont assez bien représentées (47% dans le journalisme et plus de 51% dans l’administration), mais elles demeurent largement minoritaires dans les postes de direction. Si la proportion de femmes a augmenté dans la profession journalistique, elle est cependant relativement faible dans les secteurs clé (radios, télévision et agences de presse). De plus, elles sont principalement présentes dans les métiers de reportrices, rédactrices et secrétaires de rédaction, des postes dans lesquels elles sont largement majoritaires (presque 65%). Les professions de pouvoir sont occupées à plus de 60%, voire parfois plus de 70%, par des hommes.

 

Dans le domaine du numérique et tous les domaines artistiques, les femmes sont extrêmement sous-représentées et victimes de discriminations. Peu de films et de romans ont une femme comme personnage principal. Les titre honorifiques comme la Palme d’Or du Festival de Cannes, le Grammy Award du meilleur album de musique, le Prix Pritzker d’architecture et les Prix Nobel sont rarement attribués à des femmes. Même dans les noms de rues les femmes sont peu représentées.

 

La lutte pour l’égalité femme-homme, une valeur non négociable

 

L’Assemblée Nationale Occitane (ANOC), qui se veut un mouvement large et transversal, défend une valeur qu’elle estime non négociable: la lutte pour le féminisme, l’égalité des sexes et une société occitane sans machisme. Dans cette logique, l’ANOC soutient toutes les activistes féministes et dénonce les inégalités des sexes et tout ce qui y contribue, et entend combattre avec vigueur et sans répit toute pensée misogyne et dégradante, toute justification et incitation aux agressions, au harcèlement et aux violences contre les femmes. 

 

Ce combat doit passer par l’éducation scolaire et familiale, l’instruction, la politique, leurs représentations dans l’exercice de leurs pouvoirs, les religions enseignées, et refus catégorique du patriarcat, la libération de la parole des femmes, leur accès égalitaire à tous les rouages de la société, la parité partout, et bien d’autres choses encore... C’est un combat de tous les jours.

 

La question de l’inégalité des sexes concerne l’ensemble du milieu culturel et politique occitan, y compris l’ANOC qui n'a pas réussi à instaurer la parité dans sa base militante et ses instances dirigeantes malgré une réelle politique volontariste de recrutement de femmes cadres et membres. La parité et l'égalité des sexes sont des éléments cruciaux pour l'ANOC qui présente le féminisme comme une des valeurs fondamentales de l'alternationalisme occitan et qui conjugue toutes les composantes de son programme avec les revendications égalitaires des droits des femmes.

 

Le nationalisme progressiste (alternationalisme) occitan est par nature féministe et doit toujours prendre comme exemple ce qui se fait dans les pays scandinaves ou même chez les communalistes kurdes qui ont installé un système de co-présidence homme-femme dans toutes les organisations de la société civile et politique.

 

L’égalité femme-homme dans le langage

 

La lutte contre le machisme est présente également dans le langage. Dans ce domaine, l’ANOC se fie à l’analyse des grands linguistes comme la Catalane Carme Junyent et entend faire du féminisme concret dans certains points de grammaire en occitan (et dans d’autres langues):

 

— Usage de l’accord de proximité: un adjectif, quand il s’applique à un nom féminin et à un nom masculin, peut s’accorder avec le nom féminin qui est immédiatement voisin, et pas obligatoirement avec le nom masculin. Par exemple: les citoyens et les citoyennes engagées est aussi correct que les citoyens et les citoyennes engagés.

 

— La féminisation des noms de métier est primordiale. L’occitan et les autres langues latines féminisent spontanément les noms de métier. L’Académie Française a tort de refuser cet usage. Par exemple: le directeur, la directrice; le vendeur, la vendeuse; le ministre, la ministre...

 

— Par contre, sans forcément s’y opposer, nous jugeons pas pertinente l’écriture inclusive qui mêle les formes féminines et masculines dans un même mot (par exemple: les citoyen.ne.s engagé·e·s). Nous ne disons cela absolument pas pour les raisons idéologiques machistes et paranoïaques défendues par certaines personnalités rétrogrades de l’Académie Française qui ne sont même pas linguistes. Nous le disons pour des raisons pratiques: l’écriture inclusive empêche une lecture fluide et s’éloigne de la langue parlée réelle. Bien que la question de l’écriture inclusive touche surtout la langue française, l’occitan est concerné par cette question, car la présence du genre féminin y est bien plus manifeste phonétiquement.

 

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