Notre-Dame de Paris: non à la récupération nationaliste française!


Communiqué · 17.04.2019

(Photos: Actu.fr, Challenges, Courrier Picard, Médiapart, Paris Normandie)
(Photos: Actu.fr, Challenges, Courrier Picard, Médiapart, Paris Normandie)

Après l’émotion partagée et la compassion liées à l’incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris, lundi dernier, le temps de la protestation est venu .

  • Contre la passivité de l’État français concernant la restauration des monuments historiques.
  • Contre la solidarité sélective des administrations et des grandes entreprises et la publicité indécente qui est faite autour.
  • Contre les conséquences écologiques et sociales de cette reconstruction.
  • Et contre la récupération politique de cette tragédie par le nationalisme français.

Le très bon article du Jornalet d'aujourd'hui fait justement remarquer que “la cathédrale Notre-Dame de Paris était déjà sur le point de tomber” avant l’incendie; et qu’en 2017, l’État français a ignoré le “cri d’alarme” de l’archevêché de Paris qui avait “besoin de 100 millions d’euros pour sauver la cathédrale de la ruine”. On cherchait alors des mécènes, “dont une partie aux États-Unis, pour financer les travaux qui ont commencé l’été dernier”.

 

Après l’incendie, les grandes familles multi-miliardaires (Arnault, Pinault, Bettencourt, LVMH...) ont annoncé qu’elles donneront plus de 300 millions d’euros pour la restauration de l’édifice. Elles marquent par la même occasion un grand coup publicitaire en mettant en avant leur apparente générosité. Sauf que ce don, destiné à un trésor national, est déductible à 90% d’impôt; sauf que ces entreprises font cela pour des raisons purement mercantiles: autour de la cathédrale se trouvent toutes les boutiques de luxe.

 

Un élan de solidarité aussi rapide nous mène à nous interroger sur les priorités fixées par les pouvoirs publics et par la société dans son ensemble. Nous pensons à des problèmes plus urgents, même en restant dans le domaine du patrimoine et de l’urbanisation. L’élan soudain pour Notre-Dame contraste avec l’absence cruelle de moyens:

  • Pour l’enseignement aussi bien public que privé des langues minorisées, pourtant considérées comme patrimoine immatériel de l'humanité.
  • Sans parler de la précarité sociale d’une part croissante de la société, qui aurait davantage besoin de cette aide financière abondante.

De même, nous dénonçons la décision du maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc, d’octroyer un don d’un million d’euros pour la reconstruction de la cathédrale parisienne, alors qu'il a refusé pour sa commune de payer des fouilles archéologiques autour de la basilique Saint-Sernin, où il y aurait des vestiges antiques qui auraient permis à la Cité Mondine de faire acte de candidature au Patrimoine Mondial de l’UNESCO.

 

Nous dénonçons la destruction de plus de 1300 chênes séculaires offerts par Groupama, propriétaire de 1000 hectares de forêt privée, pour reconstruire la charpente de la cathédrale parisienne. Premièrement, nous pouvons nous demander quelle est l’utilité, pour une compagnie d'assurances, de posséder un terrain forestier aussi vaste. Deuxièmement, à l'heure où la déforestation prend des dimensions dramatiques à l'échelle internationale et où les chênes séculaires deviennent rares, cette décision est inappropriée et inadmissible. 

 

Enfin, nous ne sommes pas d'accord avec le président français Emmanuel Macron lorsqu’il déclare que la cathédrale Notre-Dame était “notre histoire, notre littérature, notre imaginaire [...]”

 

L’Occitanie est une terre riche d’un patrimoine architectural et artistique, tant matériel qu'immatériel, elle est le témoignage d'une histoire foisonnante, bien que tragique. Terre d’histoire et d’art, l’Occitanie se sent concernée par la destruction partielle d’un joyau de l’art sacré européen; et elle compatit à la douleur du peuple français devant l’embrasement de la cathédrale Notre-Dame de Paris.

 

Toutefois, elle ne saurait cautionner la récupération idéologique insupportable qui instrumentalise ce malheur.

 

Non, les trésors du Moyen Âge capétien en Île-de-France n'appartiennent pas à la même culture que l’Occitanie, et la cathédrale de Paris n'est pas la cathédrale des Occitans.

 

Lieu de prière et de conservation de l’art de la France médiévale, Notre-Dame ne doit pas devenir un instrument de négation des cultures et des peuples en généralisant une francité-universalité qui récupère et nie ce qu’ont produit l’art occitan ou encore l’art basque, catalan, breton et flamand: des merveilles et des chefs-d'œuvre souvent laissés en péril.

 

Solidarité oui, mais dans le respect de tous. Digestion dans une francité négationniste, non!

 

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En 2019, l’Assemblée Nationale Occitane devient l’Assemblée Occitane.

 

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