Mouvement des gilets jaunes: le point de vue de l’Assemblée Nationale Occitane

(Photo Ouest France)
(Photo Ouest France)

Communiqué · 20.11.2018

Le 17 novembre 2018 a eu lieu la journée de protestation du mouvement des “gilets jaunes”, qui aurait rassemblé plus de 287 000 manifestants et dont le bilan est lourd: une morte, 409 blessés et 117 interpellations. 

 

Apparu en octobre 2018, ce mouvement vient d’une protestation contre la hausse des prix du carburant automobile. Il se prétend apolitique et spontané, et il veut porter des revendications sur le pouvoir d’achat des classes moyennes et populaires.

 

Nous comprenons la colère populaire...

 

Il existe un sentiment populaire réel et sincère d’étouffer sous les taxes et d’être abusé par l’État français. À l’origine, le gouvernement parisien a décidé d’augmenter la taxe sur les produits pétroliers pour inciter les gens à moins prendre la voiture. L’objectif officiel est de réduire les émissions de gaz à effet de serre qui accélèrent le dérèglement climatique, ainsi que de réduire les émissions de particules fines qui sont à l’origine de maladies respiratoires.

 

Mais l’augmentation de la taxe affecte durement une grande partie des habitants qui n’ont pas d’autre choix que d’utiliser leurs voitures pour aller travailler ou faire les courses, notamment dans les communes périphériques et les territoires ruraux. Or, pendant ce temps, les pouvoirs publics n’ont rien fait pour permettre aux gens de sortir de cette dépendance à l’automobile.

 

Ils ont abandonné les transports en commun dans de nombreux endroits et ont favorisé l’installation des centres commerciaux à la périphérie des villes. Ces centres ne sont accessibles qu’en voiture et ils étouffent les petits commerçants des centres villes.

 

De plus, l’argent des taxes sur les carburants, théoriquement destiné au financement de la transition énergétique, disparaît dans le trou budgétaire et sert en réalité à d’autres dépenses contestables, tandis que l’État ne fait aucun effort pour réduire son train de vie toujours gargantuesque.

 

En matière de pollution, les automobiles semblent les seules à être montrées du doigt alors les que les industries, le chauffage, l’agriculture et les transports maritimes et aériens, plus polluants, sont rarement mentionnés.

 

Enfin, le gouvernement français prétend compenser cette hausse des taxes par les aides financières et par l’achat de véhicules électriques; mais ces véhicules sont trop chers, leur fabrication et leur fonctionnement ne sont pas écologiques.

 

De tout cela se dégage un sentiment général de révolte face au cynisme du gouvernement français, qui se contente de sanctionner financièrement les usagers des voitures sans leur trouver des solutions d’échange. Sur ce point, le mouvement des gilets jaunes ressemble à la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, déjà rempli par les multiples scandales et les mesures provocantes de la présidence Macron (mesures sociales régressives, cadeaux fiscaux aux plus riches, affaires Benalla et de ventes d’armes à l’Arabie Saoudite, déclarations méprisantes, etc.).

 

...mais nous avons des réserves sur le mouvement des gilets jaunes

 

L’Assemblée Nationale Occitane se montre critique sur le mouvement des gilets jaunes pour les raisons suivantes:

  • Leurs revendications minimales et à court terme ne semblent pas aller plus loin que l’annulation de la hausse des taxes sur les carburants. Actuellement, le mouvement ressemble plus à une jacquerie pour le retour à l’ordre ancien qu’à une révolution pour le changement radical du système politique et économique.
  • Leur manque d’analyses de fond, de concepts et d’idées innovantes. Le mouvement n’a pas l’air de se poser des questions sur les causes profondes du problème qui le touche. Ces causes sont internationales; elles sont liées au capitalisme financier qui favorise les délocalisations et le commerce international, donc les transports de marchandises par avions et bateaux, responsables d’émissions massives de CO₂.
  • Leur absence de contestation franche du système politique. En Occitanie, beaucoup de manifestants brament la Marseillaise et brandissent le drapeau français sans comprendre que c’est le centralisme parisien qui est la source des injustices qu’ils dénoncent, puisque ce centralisme concentre l’activité économique et le pouvoir politique dans la Région parisienne. Ce centralisme entraîne un besoin croissant de mobilité des travailleurs, suite à la disparition des services de proximité. En ne comprenant pas cette réalité, ils montrent une aliénation persistante et une soumission à l’idéologie jacobine dominante.
  • Leur trop grande permissivité face aux tentatives de récupération par l’extrême droite, dont certains de leurs leaders se revendiquent. Beaucoup de débordements racistes et homophobes, attestés, en témoignent, même s’ils ne sont pas représentatifs de l’ensemble du mouvement, et même si la majorité des manifestants s’en désolidarisent. Un mouvement de contestation crédible, en tout cas, doit se montrer intransigeant face aux promoteurs des idéologies de haine et d’intolérance.

Pour un véritable mouvement audacieux!

 

L’Assemblée Nationale Occitane est consciente qu’il est urgent de se débarrasser de la dépendance au pétrole pour des raisons de santé, d’écologie et pour l’indépendance énergétique de l’Europe face à des pays peu fréquentables comme l’Arabie Saoudite. Pourtant, nous considérons que la transition énergétique ne doit pas se faire au prix de la justice sociale. 

 

C’est pourquoi nous soutenons une vision audacieuse, nous préconisons une politique volontariste en faveur de la transition énergétique:

  • Nous voulons une politique de transports adaptée et non centralisée autour de Paris.
  • Nous voulons développer et démocratiser les transports en commun comme alternative à la voiture, et nous voulons le ferroutage comme alternative aux transports routiers.
  • Nous voulons mettre fin aux subventions à l’aviation à bas coût: celle-ci favorise la pollution et dégrade la condition des personnels aériens.
  • Nous voulons une recherche active pour des véhicules moins polluants et moins chers.
  • Nous voulons relocaliser les services publics et les centres de décision afin d’accompagner efficacement la transition énergétique.
  • Nous voulons relocaliser la production et la consommation.
  • Nous voulons réimplanter les commerces de proximité dans les centres villes.
  • Nous voulons un nouveau plan d’urbanisation, élaboré pour rapprocher les habitations des lieux de travail.

Ces mesures supposent une sortie du système centraliste parisien et une nouvelle réorganisation territoriale, en créant des régions autonomes, avec des identités historiques et culturelles fortes et de véritables pouvoirs économiques, fiscaux et politiques. Cela suppose aussi une réorganisation administrative autour des communes, car elles sont des entités administratives plus anciennes que les “États-nations”, elles sont le seul et véritable tissu démocratique de proximité pour les citoyens.

 

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