Massacre d’Oradour-sur-Glane: le déshonneur de l’État français

Photo: TwoWings
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Communiqué · 16.06.2019

Le 10 juin dernier, on commémorait les 75 ans du massacre d’Oradour-sur-Glane. Souvenons-nous que le 10 juin 1944, la quasi-totalité des habitants de ce village limousin, en Occitanie, ont été massacrés par un détachement du 1er bataillon de la Panzerdivision SS “Das Reich”. Le bilan a été de 642 victimes dont 247 femmes et 206 enfants, pour la plupart brulées vives dans l’église du village.

 

À l’occasion de ces commémorations, le maire d’extrême droite de Béziers, Robert Ménard, s’est illustré par un tweet révisionniste et scandaleux dans lequel il a déclaré “[que] ce jour-là, l’armée allemande s’était déshonorée”. Comme si la Wehrmacht et la Waffen SS avaient eu une attitude honorable jusque-là. C’est ignorer l’ensemble des crimes commis avant par l’armée allemande dans toute l’Europe occupée, notamment en Pologne, en URSS, en Yougoslavie...

 

Le massacre d’Oradour-sur-Glane marque le déshonneur, non de l’armée allemande (qui s’était déjà déshonorée depuis qu’elle avait décidé de pactiser avec le régime nazi en 1933), mais de la France d’après-guerre suite à sa décision d’amnistier les coupables de ce crime.

 

En effet, après huit ans d’instruction, 21 anciens SS, dont 14 Alsaciens, ont comparu devant le tribunal militaire de Bordeaux en 1953. Le procès s’est achevé avec des condamnations diverses allant de 5 ans de prison jusqu’à la peine de mort. De plus, 42 autres SS ont été condamnés à mort par contumace. Mais le verdict a suscité des protestations vives en Alsace. Beaucoup d’élus alsaciens (maires et députés) ont affiché leur solidarité “avec leurs treize enfants condamnés à tort à Bordeaux” et ont réclamé la suspension immédiate des peines prononcées contre ce qu’ils appelaient les “malgré nous” (Alsaciens incorporés de force dans l’armée allemande).

 

Ainsi, le 19 février 1953, sept jours à peine après le verdict, on a voté en urgence une loi accordant l’amnistie pleine et entière à tous les enrôlés de force. Cette loi a eu les faveurs des personnalités politiques majeures de l’État français. Notamment du président du conseil des ministres René Mayer, car pour lui “l’unité nationale [était] supérieure à toutes les douleurs [...]”. Cette loi a été soutenue également par le président de l’Assemblée nationale Édouard Herriot, par le général De Gaulle et par les députés François Mitterrand et Jean Lecanuet. Tous avaient le même argument: “l’unité nationale” primait.

 

À la suite de la loi d’amnistie, les 13 Alsaciens condamnés ont été délivrés deux jours plus tard, les 5 Allemands quelques mois plus tard et les deux peines capitales commuées en réclusion criminelle. Aucun condamné par contumace n’a été inquiété. L’amnistie et la libération des assassins d’Oradour-sur-Glane ont provoqué l’indignation et la révolte des anciens résistants et élus du Limousin. Mais l’État français a préféré s’aliéner un Limousin pauvre et rural qui ne constituait aucune menace pour “l’unité nationale” plutôt que de provoquer l’agitation permanente d’une Alsace riche et peuplée.

 

Cette injustice tragique permet de tirer les quatre enseignements suivants.

 

1) Le pouvoir centraliste et jacobin avait montré une fois de plus toute son inhumanité en choisissant d’accorder l’impunité à des assassins nazis au nom de son culte maladif de la chimérique “unité nationale française”.

 

2) L’Occitanie a toujours souffert des décisions politiques de l’État français: division territoriale arbitraire, linguicide, marginalisation de la culture, maintien de l’économie dans un état de dépendance et de sous-développement. La situation d’isolement et d’impuissance du Limousin face à l’injustice de la loi d’amnistie a été la conséquence de ces politiques.

 

3) La décision injuste d’amnistier les assassins nazis d’Oradour-sur-Glane, pour satisfaire les revendications honteuses des élus alsaciens au nom de l’unité nationale, démontre que:

 

— pour l’État français, il n’était pas prioritaire de rendre justice aux victimes occitanes de la barbarie nazie;

 

— dans cette affaire, les Occitans Limousins ont toujours été traités comme des citoyens de seconde zone;

 

— le “roman national français” ne laisse aucune place à la dignité nationale occitane;

 

— les Occitans n’ont aucun avenir dans un pays qui ne respecte pas la mémoire de leurs victimes.

 

4) Aux yeux de Paris, la riche et influente Alsace avait plus de poids qu’un Limousin isolé. Elle en aurait eu moins face à un Limousin soutenu par l’ensemble des régions occitanes sous administration de l’État français. La perspective d’une révolte embrasant toute l’Occitanie, contre l’injustice que représentait l’amnistie des assassins d’Oradour-sur-Glane, aurait fait reculer l’État français. On comprend pourquoi Paris a toujours cherché à diviser l’Occitanie pour mieux la soumettre.

 

 

L’Assemblée Occitane considère qu’un réveil de la conscience nationale occitane est crucial pour l’avenir de toute l’Occitanie. Il devient plus que nécessaire que les Occitans prennent conscience d’appartenir à une nation caractérisée par l’unité de sa langue et de sa culture.

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En 2019, l’Assemblée Nationale Occitane devient l’Assemblée Occitane.

 

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