Crise de l’occitanisme: où en sommes-nous et comment repartir? [3ème partie]


Dossier préparé par Ciril JOANIN, Fèbus ABELHÈR et Domergue SUMIEN.

Ce texte engage ses trois auteurs et pas nécessairement tous les membres de l’ANOC. Il est destiné à la réflexion et la discussion.

Dossier · 24/07/2018

3. Crise de l’occitanisme: problèmes et solutions

 

3.1. Passivité, minimalisme et divisions, les maux endémiques de l’occitanisme

 

L’occitanisme souffre de quatre maux chroniques qui l’empêchent d’avancer:

  • la passivité de certains militants,
  • la tendance minimaliste persistante,
  • les divisions constantes en clans inconciliables,
  • et le manque de transmission du savoir occitaniste entre générations.

 

3.1.1. La passivité

 

 

La passivité et l’apathie se sentent au niveau politique. Il y a trop peu d’élus occitanistes même s’il y en a de grande valeur : ils sont rares et pèsent trop peu sur la vie publique. La question occitane ne s’impose pas dans les débats et reste marginale. La mobilisation sur le terrain est presque inexistante, à part quelques manifestations ultralocalisées qui rassemblent rarement plus d’une dizaine de militants. Il n’y a pas eu de mobilisation massive pour soutenir le processus de libération de la Catalogne et de l’Aran, ni pour défendre l’usage de l’occitan dans les médias, ni pour empêcher la confiscation du nom d’Occitanie au profit de la seule Région de Toulouse, ni pour empêcher d’autres choses qui nous concernent tous. La population de l’Occitanie se montre plus active dans des combats rétrogrades que pour la culture occitane. Les mouvements politiques occitanistes n’arrivent pas à diffuser un programme politique audible, compréhensible et enthousiaste. Certains groupes d’occitanistes oublient complètement les enseignements des grands intellectuels de l’occitanisme comme Frédéric Mistral, Robert Lafont e François Fontan.

 

3.1.2. Le minimalisme

 

Les objectifs de nombreux mouvements occitanistes se sont révélés minimaux et improductifs. Lutter pour l’Office public de la langue occitane (l’OPLO), pour quelques écoles Calandretas de plus, pour quelques postes de professeurs d’occitan, pour la Charte européenne des langues minoritaires : se sont des objectifs bons en soi, mais ils sont beaucoup trop limités et ne suffisent pas pour sauver la langue.

 

Affiche qui revendique pour les deux Calandretas de Haute Loire des financements publics pérennes pour maintenir des emplois aidés, un statut pour les écoles bilingues et une loi pour l’occitan. Ces objectius ne suffisent pas pour sauver la langue.
Affiche qui revendique pour les deux Calandretas de Haute Loire des financements publics pérennes pour maintenir des emplois aidés, un statut pour les écoles bilingues et une loi pour l’occitan. Ces objectius ne suffisent pas pour sauver la langue.

3.1.3. Les divisions

 

Les divisions constituent le plus grave problème de l’occitanisme et se retrouvent partout sous diverses formes.

  • « Culturalistes » contre « politiques » : c’est la division la plus récurrente du mouvement occitan. Les culturalistes constituent la plus grosse partie des militants occitanistes et persistent à croire que la langue se sauvera surtout par l’école et par une politique de l’État qui ne vient jamais. Certains sont incapables de comprendre qu’une langue se sauve par la pratique dans les familles, entre les générations et en créant des noyaux de locuteurs actifs : l’école et l’État peuvent suivre et accompagner ces mesures essentielles, mais elles ne les remplacent jamais. L’illusion d’une solution étatique et la dépendance aux subventions publiques expliquent l’extrême frilosité du milieu culturaliste concernant la politisation de l’occitanisme. Cette frilosité peut conduire à une chasse aux sorcières, comme on l’a vu quand l’IEO refusait de soutenir la création du Collectif occitan, sous prétexte qu’il rassemblait sans distinction des associations culturelles et des partis politiques. Ou quand une branche locale, encore de l’IEO, refusait de renouveler l’adhésion d’un membre pour délit d’opinion indépendantiste. Dans de nombreux cas, les culturalistes occitanistes peuvent se montrer plus répressifs que les jacobins envers les nationalistes occitans. Et cela ne les empêche pas, parfois, de mener des actions communes avec des partis politiques jacobins ou même avec des organisations politiques régionalistes antioccitanes.
Affiche de la manifestation pour l’occitan à la télévision, organisée par le “Collectif Occitan”. L’IEO a reproché au Collectif de “confondre le rôle des associations culturelles et celui des partis politiques” (image: Occitanie Tribune).

  • « Légalistes » contre « indépendantistes ».

Parmi les partisans d’un occitanisme politique, un fossé demeure entre les indépendantistes, qui représentent la tendance maximaliste, et les régionalistes, favorables au maintien de l’unité de l’État français et qui défendent donc une vision minimaliste. Cette division empêche souvent les partis politiques occitanistes de travailler ensemble et de créer une liste électorale commune lors des élections locales.

 

La réussite du Manifeste Occitaniste constitue une exception notable et éphémère. Il a rassemblé dans une même étiquette électorale — appelée « Bastir » — le Parti de la Nation Occitane (PNO) et le Parti Occitan (POC). Il a fonctionné pour les élections municipales de 2014. Cette unité a constitué une exception notable aux divisions. Malheureusement, elle a cessé de fonctionner pour des raisons mal connues.

 

  L’exemple le plus symptomatique de ce minimalisme occitaniste en politique est l’attitude de certains activistes du POC qui revendiquent — avec raison — l’indépendance pour la Catalogne, mais qui demandent seulement l’autonomie pour l’Occitanie et qui refusent de considérer l’indépendantisme occitan comme un courant légitime.

Logo de l’éphémère alliance électorale Bastir qui voulait rassembler les occitanistes (notons la forme erronée du nom de notre pays, mal écrit "Occitania" quand il faudrait l'écrire "Occitània").
Logo de l’éphémère alliance électorale Bastir qui voulait rassembler les occitanistes (notons la forme erronée du nom de notre pays, mal écrit "Occitania" quand il faudrait l'écrire "Occitània").
Le Parti Occitan (POC) ne veut pas l’“indépendance” pour l'Occitanie mais seulement son “autonomie”. Curieusement, cependant, il défend l’indépendance de l’Écosse et de la Catalogne.
Le Parti Occitan (POC) ne veut pas l’“indépendance” pour l'Occitanie mais seulement son “autonomie”. Curieusement, cependant, il défend l’indépendance de l’Écosse et de la Catalogne.

  • « Nationalistes » contre « antinationalistes » : les occitanistes sont aussi divisés sur la définition de l’Occitanie : pour certains c’est une nation minorisée alors que pour d’autres la nation occitane n’existe pas. De nombreux occitanistes baignent encore dans l’idéologie jacobine qui confond les concepts de « nation » et d’« État ».
Cette banderole de la manifestation Anem Òc, à Montpellier en 2015, prétend que l’Occitanie ne serait pas une nation: cette position très naïve empêche d’analyser la domination française et prolonge la soumission des Occitans.
Cette banderole de la manifestation Anem Òc, à Montpellier en 2015, prétend que l’Occitanie ne serait pas une nation: cette position très naïve empêche d’analyser la domination française et prolonge la soumission des Occitans.
  • Les « pro-région Occitanie » contre les « anti-région Occitanie » : comme nous l’avons dit précédemment, la nouvelle Région de Toulouse, dite « Occitanie », a créé une division de plus entre les militants occitanistes.

Dans la réforme territoriale de l’équipe Valls-Hollande, depuis 2015, les minorités ethnolinguistiques sont niées et peu visibles. La création de la Région de Toulouse, dite « Occitanie », vient peut-être d’une volonté de freiner la conscience de l’Occitanie réelle qui est bien plus grande ; cependant, la création de cette région est avant tout motivée par des considérations technocratiques et financières, comme l’avait dénoncé l’ANOC dans son communiqué du 14 juin 2016.

 

  C’est peut-être la pire de toutes les divisions occitanistes, elle dépasse tous les clivages mentionnés ci-dessus. Dans chacun des deux clans (pro- et anti-région « Occitanie ») on retrouve autant de culturalistes que de politiques, autant d’autonomistes que d’indépendantistes, autant de nationalistes que d’antinationalistes.

 

Il est à craindre que cette nouvelle division sera fatale à l’occitanisme. On peut en juger par la violence des échanges entre les « antis » et les « pro-région Occitanie ». Les « antis » viennent généralement des régions occitanes hors de celle de Toulouse et se sentent exclus et trahis. Les « pro-région Occitanie », en réponse, reprochent aux premiers, avec beaucoup de mépris et de mauvaise foi, de n’avoir pas fait assez pour populariser le nom d’Occitanie dans leurs régions (c’est-a-dire, dans les régions occitanes en dehors de la Région de Toulouse).

 

   Par conséquent, une grande partie des occitanistes, souvent de la vieille garde, se sont convertis au régionalisme languedocien, même s’il y a des Languedociens qui demeurent opposés à la région dite « Occitanie » ; et aussi, même si une partie de cette région est gasconne et provençale et y compte des partisans gascons et provençaux. Ces néorégionalistes languedociens ont abandonné les occitanistes d’ailleurs qui se retrouvent seuls face aux sécessionnistes linguistiques antioccitans (c’est à dire, face aux officines qui prétendent que le gascon ou le provençal ne seraient pas de l’occitan). Pour le seul plaisir de voir le nom « Occitanie » écrit sur des cartes, même si c’est sur un territoire réduit, certains en sont arrivés à rejeter le principe consensuel d’unité de l’Occitanie en l’assimilant scandaleusement au pangermanisme et au nazisme.

 

 

3.2. Les dérives technocratiques d’une certaine frange de l’occitanisme

 

Dans certains cas, les conflits contre-productifs entre acteurs de l’occitanisme peuvent s’expliquer par les multiples dérives technocratiques d’un certain milieu occitaniste, attaché aux subventions publiques et à ses prérogatives abusives.

 

 

C’est le cas du Centre de formation professionnel occitan de Midi-Pyrénées (CFPO-MP). Les travailleurs de cette association, au service de la transmission de la langue et de la culture occitanes, sont en grève. En effet, la direction du réseau des Calandretas, présente au conseil d’administration de l’association, refuse catégoriquement que celle-ci devienne une structure coopérative indépendante des Calandretas. Les six employés du CFPO-MP voulaient être mieux reconnus en tant qu’acteurs responsables et professionnels respectés. Au lieu de chercher une solution de sortie du conflit, et malgré une tentative de médiation menée par la Région de Toulouse (dite « Occitanie »), les dirigeants du réseau des Calandretas ont préféré mener une série d’actions arbitraires et douteuses afin de parvenir à un pourrissement de la situation (les dirigeants des Calandretas, ainsi, sont attachés à leurs privilèges et à une volonté de réseautage et de monopolisation de l’enseignement de l’occitan). Face aux revendications des six employés, les dirigeants ont réagi avec mépris et hostilité, en refusant tout dialogue possible, en faisant preuve d’une totale opacité dans la communication et en menant diverses pressions à la limite de la légalité. En évacuant récemment le local administratif sans prévenir personne, ils ont obtenu la liquidation programmée du CFPO-MP, ce qui était finalement leur seule motivation. Cette attitude a eu des conséquences néfastes pour l’enseignement de l’occitan.

Affiche de la mobilisation pour sauver le CFPO-MP. La longue grève de ses six employés n'aura pas empêché la liquidation de la structure, programmée par la direction du réseau des Calandretas.
Affiche de la mobilisation pour sauver le CFPO-MP. La longue grève de ses six employés n'aura pas empêché la liquidation de la structure, programmée par la direction du réseau des Calandretas.

Il y a un autre exemple similaire : la récente décision déplorable de l’Office public de la langue occitane (OPLO) de supprimer l’aide financière à la société Vistedit qui publie le journal de langue occitane la Setmana. L’OPLO s’était créé à l’issue d’une grève de la faim médiatisée par le promoteur de Vistedit, David Grosclaude : ce dernier avait suscité toute une vague de soutien dans l’ensemble du milieu occitaniste sous le slogan « il y en a assez d’être méprisés ». L’OPLO suscitait un immense espoir concernant l’avenir de l’occitan. L’OPLO était destiné à inventer une politique linguistique nouvelle pour l’occitan et à être un outil extraordinaire pour la transmission de la langue. Mais maintenant, l’OPLO est devenu un organisme technocratique de plus, dirigé par des apparatchiks qui n’ont pas de contre-pouvoir devant eux. Ils utilisent l’arme de l’argent public comme moyen de pression. Et à cette occasion, ils décident, sans concertation et au nom de la rationalisation, de faire mourir le seul hebdomadaire et les seules revues pour enfants en occitan. Cela privera les enfants et les écoliers de lectures en langue occitane et affaiblira davantage la présence de l’occitan dans les médias face à la prééminence du français.

David Grosclaude a fait courageusement une grève de la faim pour obtenir la création de l’Office Public de la Langue Occitane (OPLO) qui cependant déçoit maintenant beaucoup de monde par son action contestable.
David Grosclaude a fait courageusement une grève de la faim pour obtenir la création de l’Office Public de la Langue Occitane (OPLO) qui cependant déçoit maintenant beaucoup de monde par son action contestable.

3.3. L’impossible unité des occitanistes?

 

L’ANOC, qui était fondée sur le défi de rassembler tous les acteurs de l’occitanisme politique, derrière un projet commun de conscientisation de la population de toute l’Occitanie, n’a pas réussi à vaincre la passivité et les divisions qui sont si caractéristiques de l’occitanisme.

 

Elle voulait être un mouvement transversal et ouvert aux occitanistes de toutes les tendances, et donc inciter les occitanistes à mettre de côté les conflits personnels qui les déchirent.

 

Mais les divisions sont restées plus fortes que la volonté de travailler ensemble. La disqualification de l’adversaire plus forte que le désir de chercher avec lui un langage commun. Le localisme étroit et le manque de solidarité entre les occitanistes de différentes régions persistent et sont dévastateurs. Les occitanistes dépensent plus d’énergie à se battre entre eux qu’à agir en faveur de l’occitan.

 

Un des premiers graphismes de l’Assemblée Nationale Occitane (ANOC).
Un des premiers graphismes de l’Assemblée Nationale Occitane (ANOC).

3.4. Quelles solutions pour l’avenir?

 

3.4.1. Des éléments actuels pour espérer

 

L’occitanisme continue d’avoir des ressources et des œuvres intéressantes, mais les forces négatives de l’inertie, du minimalisme et de la soumission volontaire à Paris, aujourd’hui encore, empêchent de créer la dynamique nécessaire pour assurer la survie de l’occitan.

 

Plusieurs points positifs permettent encore d’espérer un avenir meilleur et une nouvelle renaissance occitane.

  • La pérennisation d’un espace de communication en occitan sur Internet. Elle ne remplace pas la pratique orale déclinante de l’occitan, bien sûr, mais elle aide à maintenir une sphère de la pratique en occitan et connecte mieux les partisans de la langue.
  • La volonté de consolider l’officialité de la langue occitane en Aran et dans la Généralité de Catalogne, avec divers statuts et diverses lois rénovées.
  • Une créativité musicale qui continue en occitan e qui brasse des styles de plus en plus divers.
Alidé Sans représente une génération jeune de musique occitane avec un haut niveau de professionalisme, mélangeant des styles très divers.
Alidé Sans représente une génération jeune de musique occitane avec un haut niveau de professionalisme, mélangeant des styles très divers.
Stille Volk est un exemple des groupes récents de musique occitane qui associent l’innovation et l’exigence. Ils ont acquis une excellente réputation dans le milieu international de la musique heavy metal.
Stille Volk est un exemple des groupes récents de musique occitane qui associent l’innovation et l’exigence. Ils ont acquis une excellente réputation dans le milieu international de la musique heavy metal.
Doctors de Trobar est un groupe récent de rap occitan qui développe une musique de qualité.
Doctors de Trobar est un groupe récent de rap occitan qui développe une musique de qualité.
La Fête Occitane d’Olivetta San Michele (Pays de la Roya, Vallées), chaque année, rencontre un succès qui montre la vitalité de différents styles en musique occitane (photo: 5 Valli).
La Fête Occitane d’Olivetta San Michele (Pays de la Roya, Vallées), chaque année, rencontre un succès qui montre la vitalité de différents styles en musique occitane (photo: 5 Valli).
  • L’acceptation des concepts de “langue occitane” et de l’“Occitanie”, spécialement en Provence... Presque plus personne ne les conteste dans l'opinion publique (en dehors de quelques groupes marginaux).

3.4.2. Suggestions pour sortir de la crise et bâtir un futur Temps Quatre de l’occitanisme

 

Pour sortir de la crise, pour anticiper un Temps Quatre, les occitanistes doivent dépasser les obstacles actuels et créer une dynamique complètement nouvelle. Cette dynamique nouvelle passera par une rupture radicale avec les habitudes et la mentalité de ce qu’il est convenu d’appeler la vieille garde occitaniste. Cela suppose les avancées suivantes.

 

  • Une recherche de connexion permanente entre l’occitanisme et les préoccupations sociales de la population occitane. C’est un principe majeur enseigné par Robert Lafont qui a permis de beaux succès pour l’occitanisme pendant le Temps Deux des années 1960-1970. Le Temps Trois a connu un succès plus culturel que politique de l’occitanisme. Désormais, travaillons pour que le futur Temps Quatre voie la réussite d’un occitanisme aussi bien social que politique et culturel.
  • L’installation d’un rapport de force pour avoir un impact durable sur l’opinion publique et sur la vie sociale. Ça signifie qu’il faudra assumer la notion sociolinguistique de conflit opposant la langue menacée (l’occitan) et la langue dominante (français, italien ou espagnol). Et donc que c’est dans un conflit que l’occitan retrouvera son usage.
  • L’usage de la langue dans des familles, de génération en génération, en organisant ces familles dans des noyaux de locuteurs actifs. Les noyaux de locuteurs peuvent être des voisinages ou des réseaux. C’est seulement avec des locuteurs concrets que nous pouvons étendre ensuite l’occitan à l’école, dans la vie publique et dans les médias. C’est ce qu’ont enseigné les grands sociolinguistes Robert Lafont (« Pour retrousser la diglossie », 1984) et Joshua Fishman (Reversing Language Shift, 1991) (voir la bibliographie à la fin de ce document).
  • La transmission du savoir occitaniste aux nouvelles générations de militants, avec la formation et la promotion constante des jeunes.
  • Une création plus diverse et plus audacieuse en langue occitane (musique, littérature, BD, cinéma...), dans tous les styles populaires, sans restriction.
  • Une langue occitane accessible à des millions de gens, grâce à une variété standard claire, avec une norme univoque, appliquée et respectée par tous (qui peut intégrer des variations régionales modérées). C’est une condition pour l’expansion de toute langue moderne. Pour réussir cet objectif, l’une des conditions techniques est de restaurer la norme classique de l’occitan, telle qu’elle a été définie par Louis Alibert, Robert Lafont, Pierre Bec et le Conseil de la langue occitane (CLO).
  • La solidarité d’organisation entre les occitanistes de toutes les régions, avec une volonté réelle de s’implanter partout dans le pays.
  • La politisation de la question occitane en termes de nation, de libération nationale. Le premier responsable de la baisse de l’occitan, c’est bien l’État français qui véhicule une idéologie nationaliste française, avec une langue unique au service d’une nation unique. Le sauvetage de l’occitan passe par une rupture radicale avec l’idéologie nationaliste française. L’occitan ne peut pas survivre « en France ». Un indépendantisme occitan, ouvert et tolérant, sans chauvinisme et d’inspiration catalane, devient nécessaire pour réinstaller la légitimité idéologique et sociale de notre langue.
  • L’exigence de qualité dans la production culturelle en occitan.

 

Notre musique, notre littérature, notre journalisme et notre édition doivent atteindre les normes de qualité internationales qui caractérisent les grandes langues de communication.

 

 

    Les médias occitans du futur devront développer une information liée aux centres d’intérêts autocentrés de notre pays occitan (et non aux centres d’intérêts de Paris, de Rome ou de Madrid...).

 

 

Les médias et éditeurs devront aussi garantir une langue occitane de qualité, exemplaire et normative.

 

 

On peut comprendre, cependant, que les médias occitanistes utilisent aussi, parfois, les langues dominantes (français, italien et espagnol) pour des raisons stratégiques.

 

  • L’exigence de rigueur dans les études scientifiques sur la langue et la culture occitanes. Nous avons déjà des chercheurs et des institutions qui vont dans ce sens : par exemple les linguistes Georg Kremnitz, Aitor Carrera et Jean-Pierre Chambon ainsi que l’Association Internationale d’Études Occitanes (AIEO), cofondée par Robert Lafont. Dans un futur Temps Quatre, il sera indispensable de savoir éviter les travaux pseudoscientifiques (qui pullulent encore trop dans l’occitanisme actuel). Quand on aura réconcilié les occitanistes « universitaires » et les occitanistes « militants », on aura accompli une grande avancée.

3.5. Les propositions de l’ANOC


La situation de crise actuelle de l’occitanisme rend impossible toute union des occitanistes derrière une action commune. Par conséquent, l’ANOC a choisi de changer de stratégie afin d’accomplir son objectif de conscientisation de la population de l’Occitanie.

 

 

 

Ainsi, l’ANOC a cessé provisoirement de fonctionner comme un rassemblement de masse, sans en perdre l’espoir à long terme : elle se réoriente vers une fonction de centre de ressources au service d’informations et de réflexions sur la question occitane. Malgré la crise de l’occitanisme, beaucoup de personnes se posent des questions sur la culture occitane et ont du mal à trouver des réponses détaillées et cohérentes sur Internet. Le centre de ressources de l’ANOC permettra de leur donner des informations et des idées, aussi bien sur la question occitane que sur toutes les questions de société et les préoccupations quotidiennes en général, dans une optique occitaniste.

 

 

 

L’ANOC a également cessé de compter sur une unification hypothétique des occitanistes, qui sont de toute façon déjà conscientisés. Sa communication sera dirigée surtout vers le reste de la population qui vit en dehors du mouvement occitaniste.

 

 

 

L’ANOC soutiendra tous les projets et toutes les organisations qui sont en faveur de la langue et la culture occitanes. Pour cela, elle va créer une plateforme informative et de soutien pour tous les projets occitanistes (la plateforme ÒC.com). Elle prévoit aussi de créer une caisse solidaire pour aider financièrement tout projet ou organisation occitaniste en difficulté. Elle proposera et préconisera tout moyen de financement alternatif et indépendant afin qu’on ne dépende plus des subventions publiques.

Petite bibliographie

 

L'Estraceta [l'Estrasseta] [ligam] > Un journal en ligne qui participe à la réflexion sur la crise de l'occitanisme.

 

FISHMAN, Joshua, 1991, Reversing language shift: theoretical and empirical foundations of assistance to threatened languages, Clevedon: Multilingual Matters > Un des principaux travaux en sociolinguistique qui donnent des pistes pour revitaliser une langue menacée.

 

LAFONT, Robert, 1979, Nani monsur, coll. Documents n° 6, Valdariès: Vent Terral > Un livre très clairvoyant qui dénonce et explique la crise naissante de l’occitanisme à la fin du Temps Deux. Beaucoup d'analyses restent pertinentes pour comprendre la nouvelle crise des années 2010.

 

LAFONT, Robert, 1984, “Pour retrousser la diglossie”, Lengas 15 [réédité dans: Lafont Robèrt, 1997, Quarante ans de sociolinguistique à la périphérie, coll. Sociolinguistique, Paris: L’Harmattan, p. 91-122] > Un des principaux travaux en sociolinguistique qui donnent des pistes pour revitaliser l’occitan et pour le sortir de son état de langue menacée.

 

LAFONT, Robert, 1991, Temps Tres, coll. Internacional, Perpignan: Trabucaire > C'est le principal ouvrage qui a fait l'analyse des trois temps de l’occitanisme e qui a préparé le Temps Trois des années 1990-2000.

 

Marcha, plataforma de la societat civila occitana [ligam] > Un blog qui participe à la réflexion sur la crise de l'occitanisme.

 

Mort et résurrection de Monsieur Occitanisme, 1989, dossier de la revue Amiras, nº 20, Aix-en-Provence: Obradors/Edisud > Ce recueil d’articles a analysé la crise de l’occitanisme des années 1980 et préparé le Temps Trois de l’occitanisme des années 1990 et 2000.

 

SIBÉ, Alan, 2017 (s.d.), Occitanisme politic: rompeduras, autoedicion (à commander à: Alan Sibé, 7 Rue du Pic du Midi, 65200 Bagnères-en-Bigorre; 20 + 8,85 euros pour l’état français; 20 + 13,75 euros pour des états voisins) > Un livre récent qui cherche des solutions à la crise de l'occitanisme, avec des points de vue qui sont parfois proches et parfois différents des nôtres. Blog d’Alan Sibé: Artigaladas [ligam].

 

SUMIEN, Domergue, 2016 a, “L’occitanisme es en crisi”, Jornalet, 18.1.2016 [ligam] > C'est le premier article qui, en faisant suite aux premières pensées de Terric Lausa, parle en détail de la fin du Temps Trois et de la présente crise de l’occitanisme. Des extraits de cet article sont repris et adaptés dans le présent dossier.

 

SUMIEN, Domergue, 2016 b, “Sortam de la crisi e preparem lo Temps Quatre de l’occitanisme”, Jornalet, 22.2.2016 [ligam] > Des extraits de cet article sont repris et adaptés dans le présent dossier. On en trouve aussi une autre version, moins bien éditée, dans la Setmana du 19.2.2016.

 

SUMIEN, Domergue, 2017, “La recèrca fàcia a un novèl frenèsi occitan de planificacion lingüistica (2004-2014)” [ligam] [dins: CARRERA, Aitor, & GRIFOLL, Isabel, 2017, Occitània en Catalonha, de tempses novèls, de novèlas perspectivas; actes de l’11n Congrès de l’Associacion Internacionala d’Estudis Occitans, Lleida: Généralité de Catalogne / Députation de Lleida / Institut d’Estudis Ilerdencs, p. 365-376] > Analyse sociolinguistique de la déstabilisation de la norme classique, du sommeil forcé du Conseil de la Langue Occitane (CLO) et de la multiplication des “académies”.

 

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